La marche à pied demeure le principal moyen de transport utilisé par les actifs occupés au Maroc pour rejoindre leur lieu de travail. C’est l’un des principaux enseignements d’une nouvelle note du Haut-Commissariat au Plan (HCP), basée sur les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2024. L’étude met également en lumière d’importants écarts entre les territoires, les sexes et les grandes agglomérations, révélant les contrastes qui caractérisent la mobilité quotidienne des travailleurs marocains.
Selon les données du HCP, 35,8 % des actifs occupés âgés de 15 ans et plus se rendent au travail à pied, loin devant la voiture particulière (14,6 %), les motocycles et bicyclettes (12,3 %), ainsi que les taxis (10 %). Le transport assuré par l’employeur représente 9,5 % des déplacements, tandis que les transports collectifs restent peu sollicités : le bus ne concerne que 6 % des actifs, contre 0,5 % pour le tramway et 0,4 % pour le train. Par ailleurs, 6,8 % des travailleurs exercent leur activité sans avoir à se déplacer, notamment grâce au travail à domicile.
Une mobilité encore largement conditionnée par le lieu de résidence
Les habitudes de déplacement diffèrent fortement entre les espaces urbains et ruraux.
En milieu rural, 42,4 % des actifs se rendent au travail à pied, contre 32,7 % en ville. Cette situation traduit à la fois la proximité des lieux d’activité, le poids des activités agricoles et un accès plus limité aux moyens de transport motorisés.
À l’inverse, les villes concentrent davantage l’usage de la voiture particulière (18,8 % contre 5,9 % en milieu rural), du taxi (11,7 % contre 6,4 %) ainsi que des transports organisés par les employeurs (11,4 % contre 5,5 %). Les motocycles et bicyclettes occupent, eux, une place plus importante dans les zones rurales, où ils représentent 14,8 % des déplacements.
Le transport informel demeure également plus présent hors des centres urbains, tout comme le recours aux animaux, encore utilisé dans certaines communes rurales où les infrastructures restent insuffisantes.
Les femmes privilégient davantage les transports organisés
L’étude met également en évidence des différences marquées selon le sexe.
Si la marche reste le premier mode de déplacement pour les hommes comme pour les femmes, elle est davantage pratiquée par les hommes (37,4 %) que par les femmes (29,5 %).
Les femmes utilisent en revanche plus fréquemment la voiture privée (17,6 %), le taxi (17,1 %) et le transport assuré par leur employeur (15 %). Le recours au bus est également légèrement plus élevé chez elles.
À l’opposé, les hommes privilégient largement les motocycles et bicyclettes (14,8 % contre seulement 1,9 % chez les femmes), un écart qui reflète autant les habitudes de mobilité que les différences d’accès ou d’acceptabilité de certains moyens de transport.
De fortes disparités entre les régions marocaines
L’analyse régionale confirme que la mobilité domicile-travail reste étroitement liée au niveau d’urbanisation et au développement économique des territoires.
Les plus fortes proportions de déplacements à pied sont enregistrées dans les régions de Fès-Meknès (48,5 %), Drâa-Tafilalet (47,5 %) et Béni Mellal-Khénifra (46,8 %).
À l’inverse, l’utilisation de la voiture particulière atteint ses niveaux les plus élevés à Casablanca-Settat (19,3 %), Rabat-Salé-Kénitra (18 %) et Laâyoune-Sakia El Hamra (16,2 %).
Les motocycles et bicyclettes sont particulièrement répandus à Marrakech-Safi (26,2 %) et Souss-Massa (20,6 %), tandis que le bus demeure relativement plus utilisé à Rabat-Salé-Kénitra, Marrakech-Safi et Souss-Massa.
Autre enseignement, le transport assuré par les employeurs occupe une place importante dans les régions fortement industrialisées ou agricoles, notamment à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, où il représente 18,3 % des déplacements des actifs.
Casablanca, Rabat, Tanger… des profils de mobilité très différents
Les sept principales villes du Royaume présentent des modèles de déplacement sensiblement différents.
À Fès, la marche concerne encore 44,3 % des actifs, contre 38,6 % à Meknès.
À Rabat, la voiture privée devient le premier moyen de déplacement motorisé avec 30,4 % des actifs, devant Casablanca (22,7 %) et Marrakech (20,4 %).
Le taxi conserve un rôle majeur dans les grandes métropoles, notamment à Casablanca (16,9 %), Rabat (16,7 %) et Salé (16,6 %).
À Tanger, le transport organisé par les entreprises se distingue particulièrement : 34,3 % des actifs utilisent ce mode de déplacement, un résultat directement lié au poids des plateformes industrielles et logistiques implantées dans la ville.
Les transports collectifs restent en retrait
Malgré le développement progressif des infrastructures de transport dans plusieurs villes, les transports collectifs structurés demeurent peu utilisés à l’échelle nationale.
Le bus ne représente que 6 % des déplacements domicile-travail, tandis que le train et le tramway restent marginaux, leur utilisation étant essentiellement concentrée dans les agglomérations équipées de ces réseaux.
Cette situation confirme que les déplacements quotidiens des actifs marocains reposent encore principalement sur des solutions individuelles ou de proximité.
Une photographie des défis de la mobilité au Maroc
À travers les résultats du RGPH 2024, le HCP dresse un état des lieux précis des déplacements domicile-travail au Maroc. Les données montrent que la mobilité des actifs demeure fortement influencée par les caractéristiques territoriales, les infrastructures disponibles, le niveau d’urbanisation ainsi que les réalités socio-économiques des ménages.
La prédominance de la marche à pied, le faible recours aux transports collectifs et les écarts observés entre régions soulignent les marges de progression pour améliorer l’accessibilité, développer une offre de mobilité plus inclusive et accompagner les transformations économiques et urbaines du Royaume.

