Le chantier de l’officialisation de l’Amazigh poursuit sa montée en puissance au sein des administrations publiques marocaines. Réuni vendredi à Salé à l’occasion de la clôture d’une session de formation en langue amazighe destinée à des fonctionnaires de plusieurs départements ministériels et institutions publiques, le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a dressé un état des lieux des actions engagées pour renforcer la présence de l’Amazigh dans les services de l’État.
À cette occasion, la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a mis en avant les avancées réalisées dans le cadre de la mise en œuvre du caractère officiel de l’Amazigh. Elle a indiqué que 73 conventions de partenariat ont été conclues avec des administrations, des établissements publics et des institutions constitutionnelles afin d’accompagner le déploiement des mesures prévues par la stratégie gouvernementale.
Selon la ministre, ces efforts se sont traduits par l’élaboration de 25 plans d’action dédiés à l’intégration de l’Amazigh dans les services administratifs. Parallèlement, 491 agents d’accueil amazighophones ont été mobilisés dans les services centraux et déconcentrés à travers les différentes régions du Royaume pour orienter les usagers dans les variantes Tarifit, Tachelhit et Tamazight.
L’intégration de la langue amazighe s’est également renforcée dans l’espace public. Près de 4.000 plaques et panneaux de signalisation comportent désormais des inscriptions en caractères Tifinagh, tandis qu’environ 592 véhicules relevant de certaines administrations publiques affichent cette identité visuelle multilingue.
Le chantier ne se limite pas à la signalétique. Les administrations concernées ont également travaillé sur les contenus administratifs et numériques. Un glossaire de 7.949 termes administratifs en langue amazighe a été élaboré afin d’uniformiser les usages et de faciliter la communication avec les citoyens. Plusieurs rapports, documents d’information et contenus de sites internet institutionnels ont été traduits, tandis qu’une étude a été menée pour mesurer le niveau d’intégration de l’Amazigh au sein des plateformes numériques publiques.
Dans le domaine de l’éducation, la ministre a annoncé la mise en place d’une plateforme d’enseignement à distance de la langue amazighe, développée en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports. Cette initiative vise à élargir l’accès à l’apprentissage de la langue et à accompagner sa généralisation progressive.
Intervenant lors de cette rencontre, le recteur de l’Institut Royal de la Culture Amazighe, Ahmed Boukouss, a rappelé les progrès enregistrés dans plusieurs secteurs stratégiques. Il a cité notamment la présence d’agents amazighophones dans les tribunaux pour assister les justiciables, le développement de la signalétique bilingue ainsi que le renforcement de la place de l’Amazigh dans les médias et dans les différents cycles d’enseignement.
Tout en saluant ces avancées, le responsable a plaidé pour un renforcement des services d’interprétariat en langue amazighe dans des secteurs de proximité tels que les hôpitaux, les centres de sûreté et les collectivités territoriales. Il a également appelé à consolider l’enseignement de l’Amazigh au niveau préscolaire, collégial et qualifiant, ainsi qu’à soutenir le développement de solutions d’intelligence artificielle capables de traiter les caractères Tifinagh.
La rencontre a aussi permis de mettre en lumière les initiatives menées par le ministère de la Justice, le Secrétariat général du gouvernement et le ministère de la Santé et de la Protection sociale. Ces institutions ont présenté les dispositifs déployés pour faciliter l’accès des citoyens amazighophones aux services publics, notamment à travers la traduction des documents administratifs, la mobilisation d’agents spécialisés et la généralisation progressive de la signalétique en langue amazighe.
La cérémonie s’est achevée par la remise de certificats à 120 fonctionnaires ayant suivi la session de formation organisée conjointement par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration et l’IRCAM, illustrant la volonté des pouvoirs publics de renforcer les compétences linguistiques au sein de l’administration marocaine et d’accélérer la mise en œuvre effective du caractère officiel de l’Amazigh.

