Les premières données communiquées par le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, dressent un tableau globalement favorable de la campagne céréalière en cours au Maroc. Les rendements observés varient entre 15 et 57 quintaux par hectare selon les zones, tandis que la production prévisionnelle nationale devrait atteindre environ 90 millions de quintaux, portée par des conditions climatiques nettement plus favorables que l’année précédente.
Devant la Chambre des Conseillers, le ministre a indiqué que la récolte et la commercialisation des céréales ont été engagées progressivement, avec des volumes collectés dépassant déjà 100.000 quintaux par jour à la mi-juin. Trois régions concentrent l’essentiel des flux : Casablanca-Settat, Fès-Meknès et Marrakech-Safi représentent à elles seules près de 84% des quantités livrées, confirmant leur poids structurant dans la production agricole nationale.
Cette dynamique s’explique notamment par une pluviométrie exceptionnelle. Le cumul des précipitations a atteint environ 571 mm au 12 juin, soit une hausse de 94% par rapport à la campagne précédente et de 45% au-dessus d’une année normale. Ce contexte hydrique a soutenu la croissance des cultures et amélioré les perspectives de rendement sur l’ensemble du territoire.
En amont de la campagne, le département de l’agriculture avait déployé plusieurs mesures destinées à sécuriser la production et fluidifier le marché. Parmi elles figurent la mise à disposition de 734.000 quintaux de semences certifiées à prix subventionnés, l’approvisionnement du marché en près de 500.000 tonnes d’engrais, ainsi que la poursuite du programme national de semis direct, présenté comme un levier de modernisation des pratiques agricoles.
Le ministère a également accéléré la mise en œuvre du programme d’irrigation de complément, visant à couvrir un million d’hectares à l’horizon 2033. À cela s’ajoute l’élargissement de la couverture de l’assurance agricole et la restructuration de ses produits, dans une logique de réduction des vulnérabilités face aux aléas climatiques.
Sur le plan des prévisions par culture, la production attendue se répartit entre 44 millions de quintaux de blé tendre, 21 millions de quintaux de blé dur et 25 millions de quintaux d’orge. Une performance qui, selon les données du ministère, s’inscrit dans une trajectoire de consolidation de la sécurité alimentaire nationale.
La question du stockage constitue un autre axe central de la stratégie publique. Les autorités poursuivent le renforcement des capacités à travers la création d’unités de proximité d’une capacité globale d’environ deux millions de quintaux, ainsi que l’augmentation du soutien aux investissements dans les infrastructures de stockage, relevé de 10% à 25%. Un système national intégré de stocks stratégiques est également en cours de structuration.
Concernant la commercialisation, le dispositif repose sur la priorité donnée à la production nationale. Le prix de référence du blé tendre destiné aux minoteries industrielles a été fixé à 280 dirhams le quintal. Dans le même temps, la suspension des droits de douane sur les importations de blé tendre a été décidée pour les mois de juin et juillet 2026, afin d’ajuster l’équilibre du marché.
L’État et les professionnels ont par ailleurs scellé un partenariat visant la collecte de 15 à 20 millions de quintaux de blé tendre local. Un mécanisme incitatif de stockage complète ce dispositif, avec une prime de 3 dirhams par quinzaine et par quintal conservé, destinée à encourager la constitution d’un stock national de huit millions de quintaux, garantissant jusqu’à six mois de couverture des besoins.
En filigrane, cette campagne céréalière confirme le rôle déterminant des conditions climatiques, mais aussi celui des politiques publiques dans la structuration d’une filière stratégique pour l’économie nationale.

