À moins d’un an des élections législatives de 2026, une vaste enquête menée dans les douze régions du Royaume met en lumière une réalité préoccupante : une grande partie des citoyens interrogés conserve son attachement au principe du vote, mais exprime une défiance marquée envers les institutions, les partis politiques et le processus électoral lui-même. Réalisée par l’association Les Citoyens auprès de près de 3 000 participants, cette étude dresse le portrait d’un électorat exigeant, critique et en quête de garanties avant de retourner massivement aux urnes.
Un devoir civique reconnu, mais une confiance ébranlée
L’un des principaux enseignements de l’enquête réside dans le décalage entre l’importance accordée au vote et la perception du système électoral. Près de deux tiers des répondants considèrent le vote comme un devoir civique essentiel. Pourtant, seuls 13,6 % jugent crédibles les résultats des dernières élections.
Cette contradiction traduit moins un rejet de la démocratie qu’une perte de confiance envers ceux qui la représentent. Les participants continuent de croire à l’utilité de la participation citoyenne, mais doutent fortement de l’efficacité des mécanismes politiques et institutionnels censés traduire leur voix en décisions publiques.
Les partis politiques au cœur du désenchantement
L’étude souligne une rupture nette entre les citoyens et les formations politiques. Près de 80 % des personnes interrogées affirment n’avoir aucun contact avec un parti politique. Plus de 88 % estiment que les partis ne s’intéressent pas réellement aux préoccupations des citoyens et plus de 90 % considèrent que les élus ne respectent pas leurs engagements.
La communication politique est également sévèrement jugée. Les répondants dénoncent une absence de proximité sur le terrain et des discours peu convaincants, perçus comme éloignés des préoccupations quotidiennes des Marocains.
Les réseaux sociaux remplacent les canaux traditionnels
Face à cette distance croissante entre citoyens et acteurs politiques, les réseaux sociaux se sont imposés comme la principale source d’information politique. Ils sont cités par 74 % des répondants, loin devant la presse écrite, la télévision ou la radio.
Cette évolution confirme la transformation du paysage informationnel marocain. Pour de nombreux citoyens, les plateformes numériques constituent désormais le principal espace de débat et d’accès à l’actualité politique, même si les utilisateurs restent conscients des limites et des risques liés à ces outils.
Une participation électorale fragilisée
L’enquête révèle également une chaîne de participation électorale fragmentée. Seuls 53,1 % des répondants déclarent être inscrits sur les listes électorales, tandis que près de 39 % affirment ne pas l’être. Plus préoccupant encore, parmi ceux qui étaient en âge de voter lors des élections de 2021, 41,3 % déclarent avoir volontairement boycotté le scrutin.
Pour 2026, les intentions de vote demeurent partagées. Environ 42 % des participants envisagent de voter, tandis que près de 39 % se déclarent opposés à toute participation. Les indécis représentent près d’un électeur sur cinq.
Les raisons invoquées pour expliquer l’abstention sont principalement politiques. La défiance envers les partis, le sentiment que le vote ne change rien et l’absence de candidats jugés représentatifs concentrent l’essentiel des réponses.
Les jeunes et les femmes, deux catégories stratégiques
Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes de 18 à 24 ans apparaissent comme la catégorie la plus disposée à voter en 2026. Près de la moitié d’entre eux déclarent avoir l’intention de participer au scrutin, malgré un regard particulièrement critique sur la place accordée à leur génération dans la vie politique.
Les femmes affichent également une intention de vote plus élevée que les hommes. Toutefois, elles restent moins nombreuses à être inscrites sur les listes électorales et signalent davantage d’obstacles administratifs ou organisationnels à leur participation.
Ces résultats suggèrent que les marges de progression existent, à condition de lever les freins qui limitent concrètement l’accès au vote.
Ce qui pourrait convaincre les Marocains de voter en 2026
L’étude ne se limite pas au constat de la défiance. Elle identifie aussi les conditions susceptibles de favoriser une remobilisation électorale.
La garantie de l’intégrité du scrutin arrive en tête des attentes, suivie par des programmes politiques clairs, la présence de candidats jeunes, la transparence du financement des partis et une information plus accessible.
Les répondants réclament également davantage de débats publics, un meilleur ancrage territorial des candidats et l’émergence de nouvelles figures politiques capables de renouveler la représentation actuelle.
Toutefois, un chiffre retient particulièrement l’attention : 24,1 % des personnes interrogées affirment qu’aucun facteur ne pourrait les convaincre de voter. Ce noyau dur de désengagement représente l’un des principaux défis à relever avant le scrutin de 2026.
Une année décisive pour la participation citoyenne
Au-delà des statistiques, cette enquête met en évidence une demande forte de renouvellement démocratique. Les citoyens interrogés ne réclament pas moins de politique, mais davantage de transparence, de crédibilité et de proximité.
À l’approche des élections législatives de 2026, le défi pour les institutions et les partis politiques sera de restaurer la confiance d’un électorat qui reste attaché au vote, tout en exigeant des changements concrets dans la manière de faire de la politique. L’enjeu dépasse la seule participation électorale : il touche à la qualité du lien entre citoyens et représentants dans les années à venir.

