Le Maroc devrait atteindre 43,3 millions d’habitants à l’horizon 2060, contre 36,8 millions en 2024, soit une hausse de près de 17,8 %. Cette progression démographique s’accompagnera toutefois d’un ralentissement marqué de la croissance de la population, d’une urbanisation toujours plus forte et d’un vieillissement accéléré, selon les nouvelles projections publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP).
Une population en hausse, mais une croissance de plus en plus faible
Élaborées à partir des résultats du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2024, les nouvelles projections couvrent la période 2024-2060. Elles reposent sur les dernières données relatives à la fécondité, à la mortalité ainsi qu’aux migrations internes et internationales. Trois scénarios ont été retenus, mais le HCP considère le scénario moyen comme le plus probable.
Selon ce scénario, la population nationale continuera d’augmenter durant les prochaines décennies. En revanche, son rythme de croissance ralentira progressivement. Le taux d’accroissement annuel, estimé à 0,7 % en 2024, devrait tendre vers 0 % en 2060, traduisant l’entrée du Maroc dans une nouvelle phase de sa transition démographique.
Trois Marocains sur quatre vivront en ville
Les projections mettent en évidence une transformation profonde de la répartition de la population entre villes et campagnes.
La population urbaine devrait passer de 23,1 millions à 32,5 millions d’habitants entre 2024 et 2060, représentant près de 75 % de la population totale. À l’inverse, la population rurale reculerait de 13,7 millions à 10,8 millions d’habitants.
Cette évolution s’explique notamment par la poursuite de l’exode rural, la concentration des activités économiques dans les villes et le développement des espaces urbains. Le HCP estime que cette urbanisation renforcera les besoins en logements, infrastructures, transports, santé et éducation, tout en appelant à des politiques capables de réduire les déséquilibres territoriaux.
Une baisse continue de la fécondité
Le recul de la fécondité constitue l’un des principaux moteurs de ces évolutions démographiques.
L’indice synthétique de fécondité est passé de 2,21 enfants par femme en 2014 à 1,97 en 2024. Dans le scénario central du HCP, il atteindrait 1,81 enfant par femme en 2060, confirmant la poursuite de cette tendance.
Cette baisse entraînera une diminution des effectifs des jeunes générations. La population préscolaire devrait ainsi reculer de près de 24 %, tandis que le nombre d’enfants en âge d’être scolarisés au primaire diminuerait de 27 % d’ici 2060. Le HCP considère que cette évolution pourrait offrir davantage de marges pour améliorer la qualité de l’enseignement et adapter les politiques éducatives.
Une population active toujours plus nombreuse
Malgré la baisse de la natalité, la population en âge de travailler poursuivra sa progression.
Les personnes âgées de 15 à 59 ans passeraient de 22,08 millions en 2024 à 24,96 millions en 2060, soit une augmentation de 13,1 %. Cette croissance sera principalement portée par les zones urbaines, où l’arrivée de nouveaux actifs exercera une pression accrue sur le marché du travail.
En parallèle, le nombre de jeunes de 18 à 24 ans, futurs entrants sur le marché de l’emploi, diminuerait légèrement sur la période, passant de 3,89 à 3,77 millions.
Le vieillissement démographique s’accélère
Le phénomène le plus marquant des prochaines décennies reste le vieillissement de la population.
Le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus devrait plus que doubler, passant de 5 millions en 2024 à près de 10,9 millions en 2060. À cette échéance, elles représenteront environ un quart de la population marocaine.
Cette évolution soulèvera des défis majeurs pour les systèmes de retraite, les dépenses de santé, la prise en charge de la dépendance et le maintien de la solidarité entre les générations. Pour le HCP, le vieillissement constitue désormais une tendance structurelle, quel que soit le scénario démographique retenu.
Des politiques publiques appelées à anticiper les mutations
Au-delà des chiffres, ces projections offrent un outil d’aide à la décision pour les pouvoirs publics. Elles invitent à adapter les politiques de logement, d’éducation, d’emploi, de protection sociale et d’aménagement du territoire aux nouvelles réalités démographiques. Le HCP souligne également l’importance de soutenir le développement rural afin de limiter les déséquilibres territoriaux et d’accompagner la transition démographique du pays.

