Jeudi soir, au Complexe Prince Moulay Abdellah de Rabat, le Maroc a arraché une victoire étriquée face au Bahreïn (1-0), dans un match amical qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de certitudes. Malgré une domination écrasante en termes de possession (81 %) et de tirs (29 contre 2), les Lions de l’Atlas ont longtemps buté sur un bloc défensif rigide, orchestré par le sélectionneur croate Dragan Talajić. Il aura fallu attendre le temps additionnel pour voir Jawad El Yamiq délivrer les siens d’une tête salvatrice, évitant un nul frustrant et offrant au Maroc sa quinzième victoire consécutive, égalant ainsi le record de l’Espagne.
Mais derrière ce succès, les failles sont criantes. Le jeu marocain manque de liant, de verticalité et surtout de tranchant dans les trente derniers mètres. Les occasions ont été nombreuses, notamment en première période, mais rarement bien exploitées. Une tête d’Ezzalzouli sur la barre (37e), un raté d’Ismaïl Saibari à bout portant, et plusieurs tentatives avortées d’Achraf Hakimi et Brahim Diaz ont illustré une soirée où l’inspiration faisait défaut. Le gardien bahreïni, Ebrahim Khalil, a multiplié les parades spectaculaires, mais c’est surtout le manque de coordination offensive qui a plombé les espoirs d’un score plus large.
Walid Regragui avait pourtant aligné une formation résolument offensive, avec cinq joueurs à vocation d’attaque et des latéraux très hauts. Mais l’absence de Nayef Aguerd, non retenu sur la feuille de match, s’est fait sentir dans la relance, souvent imprécise et trop latérale. Le public, venu en nombre, n’a pas été épargné par la morosité ambiante, les gradins sonnant creux par endroits malgré l’enjeu émotionnel du match.
En seconde période, les Marocains ont tenté de hausser le rythme, notamment après les entrées d’En-Neysiri et Hamza Igamane. Mais là encore, les initiatives ont manqué de lucidité. Le pressing s’est relâché, les passes se sont faites plus hésitantes, et le spectre d’un match nul s’est installé jusqu’à la 94e minute, où El Yamiq a surgi au premier poteau pour inscrire l’unique but du match sur corner.
Ce but ne doit pas masquer les lacunes structurelles du onze national. À quelques mois de la CAN 2025, le Maroc peine à convaincre face à des adversaires modestes. Le manque de créativité, l’absence de fluidité entre les lignes et la difficulté à percer des blocs bas sont autant de signaux d’alerte. Si les Lions de l’Atlas veulent assumer leur statut de prétendants au sacre continental, il leur faudra plus qu’un sursaut dans les arrêts de jeu.

