Moulay Hicham
Dans un entretien exclusif accordé au site espagnol El Confidencial, le prince Moulay Hicham Alaoui, directeur de l’Institut d’études contemporaines du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Asie centrale à l’Université de Princeton, a pris position sur la crise israélo-palestinienne et le rôle du Royaume du Maroc.
Lors de cette longue interview donnée depuis Madrid, hicham Alaoui, 61 ans a insisté sur la nécessité pour le Maroc de se distancier du gouvernement de Benjamin Netanyahu, tout en maintenant un lien solide avec le peuple israélien et la diaspora juive. « Il faut rompre le partenariat avec Netanyahu sans compromettre nos relations avec les Israéliens. Notre objectif doit rester la coexistence et la tolérance, pas le soutien à ce gouvernement », a-t-il expliqué au journal espagnol El Confidencial.

Le prince a souligné que le Maroc bénéficie d’une position particulière par rapport à d’autres pays arabes. Il n’est pas soumis aux mêmes contraintes géopolitiques ou territoriales que l’Égypte ou la Jordanie, ce qui permet au royaume d’adopter une approche plus indépendante et éthique. « Les Marocains sont profondément attachés aux droits des Palestiniens et à la dignité de leur État, mais ils peuvent observer la situation avec un certain recul stratégique », a-t-il précisé.
Il a également dénoncé ce qu’il considère comme un « génocide en cours à Gaza » et alerté sur les conséquences à long terme des politiques israéliennes, qu’il décrit comme “mesianiques et expansionnistes”. Selon lui, la solution dite des deux États est désormais irréalisable, et il faudra envisager des formes de souveraineté partagée ou de confédération pour garantir l’avenir des Palestiniens.
Pour Moulay Hicham, la stratégie marocaine ne doit pas viser l’isolement d’Israël ni la rupture totale des relations avec la société israélienne. Au contraire, il préconise d’engager un dialogue direct avec les citoyens israéliens et les forces libérales du pays, en s’appuyant sur l’héritage judéo-marocain pour créer des liens culturels et spirituels durables. « L’alliance du Maroc n’est pas avec Israël en tant qu’État, mais avec son peuple », a-t-il résumé.


