C’est une douleur que les caméras ne captent pas, mais qui ronge les plus endurants. La pubalgie, cette blessure insidieuse des footballeurs, vient de rattraper Nayef Aguerd, contraint de quitter prématurément la pelouse et, peut-être, de revoir ses ambitions pour la Coupe d’Afrique des Nations.
Sur le visage de Nayef Aguerd, l’expression en disait long. À la 79ᵉ minute du match face à Brest, le défenseur marocain a quitté le terrain, visiblement gêné, victime d’une douleur persistante au bas-ventre. Son entraîneur, Roberto De Zerbi, a confirmé ce que les médecins redoutaient : une pubalgie aggravée, cette blessure redoutée qui frappe souvent les footballeurs à force de gestes explosifs et répétés.
Une douleur au carrefour du corps
La pubalgie n’est pas une simple contracture. Elle touche la région du pubis et de l’aine, là où se rencontrent plusieurs groupes musculaires essentiels à la performance sportive-abdominaux, adducteurs et muscles pelviens. Chez les joueurs de haut niveau, soumis à des sprints, des changements de direction brutaux et des frappes puissantes, cette zone devient une véritable ligne de fracture mécanique.
« C’est une blessure d’usure, une sorte de tiraillement permanent entre les forces du haut et du bas du corps », expliquent les spécialistes en médecine du sport. Une douleur tenace, parfois diffuse, qui s’installe jusqu’à rendre les mouvements les plus simples difficiles — monter une marche, se pencher, ou simplement courir.
La blessure du footballeur moderne
Dans le football actuel, où les exigences physiques et le calendrier s’intensifient, la pubalgie est devenue un mal emblématique. Elle survient souvent chez les défenseurs et milieux défensifs, comme Aguerd, dont le rôle impose un engagement musculaire constant.
Les causes sont multiples : déséquilibre musculaire entre abdominaux et adducteurs, mauvais appuis, fatigue chronique, ou encore sollicitations excessives du bassin. Un simple manque de récupération peut suffire à déclencher le cercle vicieux.
Un traitement long et exigeant
Face à la pubalgie, il n’existe pas de remède miracle. Le traitement repose d’abord sur le repos, souvent prolongé, pour permettre aux tissus inflammés de se régénérer. Viennent ensuite la rééducation et le renforcement musculaire ciblé de la sangle abdominale et des adducteurs.
Lorsque la douleur devient chronique, certains cas nécessitent une intervention chirurgicale, retardant le retour sur les terrains de plusieurs mois. Un scénario que le staff marseillais et les Lions de l’Atlas espèrent éviter à tout prix.
Une épée de Damoclès avant la CAN
Pour le Maroc, l’indisponibilité de Nayef Aguerd tombe au plus mauvais moment. À quelques semaines de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, le pilier défensif des Lions de l’Atlas demeure incertain. Ses qualités de lecture du jeu et de leadership en font un maillon essentiel de la défense marocaine, difficilement remplaçable.
« Il doit s’arrêter un peu », a sobrement résumé Roberto De Zerbi. Mais ce “peu” pourrait coûter cher à la sélection, dans une phase cruciale de préparation.
Le prix de la régularité
À 29 ans, formé à l’Académie Mohammed VI, passé par Dijon, Rennes, West Ham puis l’Olympique de Marseille, Nayef Aguerd incarne le professionnalisme et la constance. Ironie du sort : c’est justement cette régularité, ces minutes accumulées sans relâche, qui pourraient aujourd’hui le priver du tournoi continental qu’il rêvait de disputer à domicile.
La pubalgie n’est pas une blessure spectaculaire. Elle n’arrache pas de cris sur le terrain, mais elle peut faire taire les plus solides. Et pour Aguerd, comme pour tant d’autres athlètes, c’est un rappel brutal : dans le football moderne, le corps a ses limites, même pour les plus rigoureux des Lions.


