Le Maroc s’impose progressivement comme l’un des acteurs les plus avancés en matière de dessalement de l’eau de mer. Dans un récent article, la chaîne américaine CNN met en lumière la stratégie déployée par le Royaume pour répondre à la pression croissante exercée sur les ressources hydriques par les changements climatiques. Alors que de nombreux pays africains cherchent des solutions durables face à la sécheresse et au stress hydrique, l’expérience marocaine attire désormais l’attention bien au-delà de ses frontières.
Le Royaume s’est fixé un objectif ambitieux : assurer 60 % de ses besoins en eau potable grâce au dessalement de l’eau de mer à l’horizon 2030. Cette orientation s’inscrit dans une politique nationale plus large visant à sécuriser durablement l’approvisionnement en eau pour les ménages, l’agriculture et les activités économiques.
Selon CNN, le Maroc ne considère plus les épisodes de sécheresse comme des phénomènes exceptionnels. Les autorités estiment que les perturbations climatiques observées ces dernières années traduisent une évolution structurelle qui impose une transformation profonde de la gestion de l’eau. Malgré les précipitations enregistrées récemment, la stratégie nationale repose désormais sur la diversification des ressources hydriques et sur une réduction progressive de la dépendance aux pluies et aux barrages.
Au cœur de cette politique figure un vaste programme national consacré à l’eau, doté de près de 14 milliards de dollars d’investissements. Celui-ci englobe la construction de nouveaux barrages, la réutilisation des eaux usées traitées, le développement d’infrastructures de transfert hydraulique entre les régions ainsi que l’accélération des projets de dessalement.
L’un des chantiers les plus emblématiques est celui de la future station de dessalement de Casablanca-Settat. Avec un investissement estimé à 650 millions de dollars, cette infrastructure est appelée à devenir la plus grande station de dessalement d’Afrique et l’une des plus importantes au monde fonctionnant exclusivement grâce aux énergies renouvelables.
Située à une quarantaine de kilomètres au sud de Casablanca, l’installation sera alimentée par un parc éolien de 360 mégawatts. Son entrée en service est prévue par étapes entre 2027 et 2028. À pleine capacité, elle produira près de 300 milliards de litres d’eau potable par an, permettant d’alimenter environ 7,5 millions d’habitants tout en assurant l’irrigation de plus de 8.100 hectares de terres agricoles.
Cette approche illustre la volonté du Maroc d’associer sécurité hydrique et transition énergétique. Les nouvelles usines de dessalement sont progressivement reliées à des projets solaires et éoliens afin de limiter les coûts de production et de réduire l’empreinte carbone de l’eau dessalée.
Le pays dispose déjà de 17 stations de dessalement opérationnelles. Leur production annuelle dépasse désormais 408 milliards de litres d’eau, soit un volume multiplié par neuf en seulement quelques années. Onze autres projets sont actuellement en construction ou en phase de préparation.
La stratégie marocaine repose également sur une répartition optimisée des ressources disponibles. L’eau dessalée est destinée en priorité aux villes côtières et à certaines zones agricoles proches du littoral. Les eaux stockées dans les barrages ainsi que les ressources issues des précipitations peuvent ainsi être préservées pour les régions intérieures, les oasis et les territoires les plus exposés aux épisodes de sécheresse.
L’agriculture occupe une place centrale dans cette équation. Le secteur absorbe près de 87 % des ressources hydriques nationales et demeure un pilier de l’économie marocaine. Les années de déficit pluviométrique ont fortement affecté les rendements agricoles, notamment dans les filières céréalières.
Dans la région de Souss-Massa, l’usine de dessalement de Chtouka Aït Baha constitue déjà un exemple concret des bénéfices de cette politique. Plus de 1.500 exploitants agricoles utilisent aujourd’hui l’eau dessalée pour maintenir leurs productions de fruits et légumes destinées aussi bien au marché national qu’à l’exportation.
Le développement du dessalement soulève toutefois plusieurs défis. Le coût de production de l’eau reste supérieur à celui des ressources conventionnelles. Selon les experts, l’eau dessalée peut coûter entre une fois et demie et quatre fois plus cher que les sources traditionnelles. Cette réalité limite encore son utilisation à certaines cultures à forte valeur ajoutée.
La question environnementale constitue également un enjeu majeur. Le procédé de dessalement génère de la saumure, un résidu fortement concentré en sel qui peut affecter les écosystèmes marins lorsqu’il est rejeté sans traitement adapté. Pour réduire cet impact, les nouvelles installations marocaines intègrent des systèmes de dispersion et de dilution destinés à limiter les effets sur la biodiversité marine.
Au-delà de ses frontières, l’expérience marocaine suscite un intérêt croissant. Plusieurs pays africains, parmi lesquels l’Algérie, l’Égypte, le Sénégal, la Namibie et l’Afrique du Sud, développent eux aussi leurs capacités de dessalement. Dans un continent où une grande partie de l’agriculture dépend encore directement des précipitations, cette technologie apparaît de plus en plus comme un outil de résilience face aux aléas climatiques.
Pour les responsables marocains, l’ambition n’est pas de proposer une recette universelle, mais de partager une expérience fondée sur la planification à long terme, l’innovation technologique et l’intégration des énergies renouvelables. Une approche qui place aujourd’hui le Royaume parmi les références africaines en matière de gestion durable de l’eau et de préparation aux défis climatiques des prochaines décennies.


