Dialogue social : près de 50 milliards de DH investis dans le pouvoir d’achat
Le gouvernement marocain a fait du dialogue social un instrument privilégié pour transformer l’administration publique. Entre 2022 et 2025, plusieurs accords historiques ont été signés, générant un coût budgétaire supplémentaire qui atteindra 49,249 milliards de DH à l’horizon 2027. Ces négociations ont produit des résultats concrets : relèvement du salaire minimum dans le public à 3.500 DH, suppression de l’échelle 7 pour certains corps, augmentation du quota de promotion de grade à 36%, et revalorisation des allocations familiales.
L’accord du 29 avril 2024 a accordé une augmentation mensuelle nette de 1.000 DH aux fonctionnaires n’ayant pas bénéficié de révisions salariales antérieures. Parallèlement, le secteur privé a vu le SMIG augmenter de 10% et le SMAG de 10% également. La réforme de l’Impôt sur le Revenu est venue compléter ces mesures en relevant le seuil d’exonération et en réduisant les taux marginaux.
Digitalisation : le Maroc accélère sa transformation numérique
Portée par la stratégie “Digital Morocco 2030”, la transformation numérique de l’administration constitue le deuxième pilier de la réforme. Le gouvernement affiche des ambitions claires : étendre la couverture 5G à 25% de la population d’ici 2026, porter le nombre de startups à 1.000 en 2026 contre 380 en 2022, et réussir la mutation digitale des services publics.
L’organisation d’événements majeurs comme GITEX AFRICA et les Assises nationales sur l’Intelligence Artificielle témoigne de cette dynamique. La simplification des procédures administratives s’appuie sur la plateforme “Idarati”, qui compte déjà plus de 2.700 actes administratifs publiés, avec des délais de traitement fixés à 30 jours pour les projets d’investissement.
Effectifs : 576.062 fonctionnaires civils et une légère baisse tendancielle
En 2025, la fonction publique marocaine compte 576.062 fonctionnaires civils, enregistrant une régression globale d’environ 1,61% depuis 2015. Cette tendance résulte de l’effet combiné des départs massifs à la retraite et du lancement du recrutement des enseignants au niveau des Académies Régionales d’Education et de Formation.
La répartition par départements révèle une forte concentration : 90,1% des effectifs se trouvent dans seulement 7 ministères. L’Éducation Nationale arrive en tête avec 192.449 agents (33,4%), suivie de l’Intérieur (171.071 agents, 29,7%) et de la Santé (71.694 agents, 12,4%).
Recrutement : 28.906 postes créés en 2025, priorité aux secteurs sociaux et de sécurité
Le gouvernement a procédé à la création de 28.906 postes budgétaires dans le cadre de la Loi de Finances 2025. La priorité a été nettement accordée aux départements de sécurité et à caractère social : Intérieur (7.744 postes), Santé (6.500 postes) et Défense Nationale (5.792 postes). Ces trois ministères concentrent à eux seuls 69,3% des créations de postes.
Sur la décennie 2015-2025, 275.743 postes budgétaires ont été créés, auxquels s’ajoutent 175.000 postes créés au niveau des AREFs pour le recrutement des enseignants. Le ministère de l’Intérieur a bénéficié de 31,3% de l’ensemble des créations sur cette période.
Pyramide des âges : 68.418 départs à la retraite anticipés d’ici 2029
L’analyse de la pyramide des âges révèle que 21,5% des fonctionnaires ont 55 ans et plus, tandis que les jeunes de moins de 35 ans représentent 23,3% des effectifs. Selon les données de la Caisse Marocaine des Retraites, 68.418 fonctionnaires seront mis à la retraite pour limite d’âge au cours des cinq prochaines années.
L’Éducation Nationale sera la plus touchée avec 26.175 départs (38,3% du total), suivie de l’Intérieur (15.617 départs, 22,8%) et de la Santé (6.064 départs, 8,9%). Ces départs représentent un défi majeur de renouvellement des compétences pour l’administration.
Parité : une lente progression vers l’égalité hommes-femmes
La représentativité des femmes dans la fonction publique reste limitée, avec un taux de féminisation de 35,8%. Cette proportion masque d’importantes disparités sectorielles : les femmes représentent 67,2% des effectifs de la Santé, 50,7% de la Justice, mais seulement 12,3% de l’Intérieur.
Dans les emplois supérieurs, la progression est lente mais réelle. Sur 1.422 nominations aux emplois supérieurs entre 2015 et 2025, les femmes représentent 15,5%. Certains départements se distinguent par une meilleure parité, comme la Transition Numérique (44,4% de femmes nommées) et l’Inclusion Economique (36,7%).
Dépenses de personnel : 180,27 milliards de DH en 2025
Les dépenses de personnel de l’État sont passées de 116,86 milliards de DH en 2015 à 180,27 milliards de DH en 2025, soit une augmentation globale de 54,27%. Cette évolution représente en moyenne 10,67% du PIB et 34,52% du budget général sur la décennie.
La concentration des dépenses reflète celle des effectifs : sept départements absorbent 88% des crédits de personnel, avec en tête l’Éducation Nationale (37,57%), l’Intérieur (21,51%) et la Santé (12,52%). Géographiquement, six régions concentrent 78,47% des dépenses, Rabat-Salé-Kénitra arrivant en tête avec 23,48%.
Salaires : une nette amélioration du pouvoir d’achat des fonctionnaires
Le salaire mensuel net moyen dans la fonction publique est passé de 7.381 DH en 2015 à 10.600 DH en 2025, enregistrant une augmentation globale de 43,6%. Cette amélioration résulte des augmentations salariales décidées dans le cadre du dialogue social et des promotions de grade.
Des écarts importants persistent selon les échelles : le personnel d’exécution (échelle 6) perçoit en moyenne 5.925 DH, le personnel de maîtrise (échelles 7-9) 7.238 DH, et les cadres (échelle 10 et plus) 12.484 DH. Le salaire minimum dans la fonction publique, quant à lui, est passé de 3.000 DH en 2015 à 4.500 DH en 2025.
Perspectives : vers une administration modernisée et performante
Le Rapport sur les Ressources Humaines du PLF 2026 dresse le portrait d’une fonction publique en pleine transformation. Si des défis persistent – renouvellement des compétences, parité, équilibre territorial – la trajectoire est claire : le Maroc modernise son administration en misant sur le dialogue social, la digitalisation et une gestion plus stratégique de ses ressources humaines. L’enjeu est de taille : construire une administration performante, capable d’accompagner le développement économique et social du Royaume.

