Réunis à Tanger dans le cadre du Sommet mondial des dirigeants locaux et régionaux de CGLU 2026, élus, experts et acteurs de la coopération internationale ont souligné le rôle croissant des diasporas dans le développement territorial et la gouvernance locale ce mercredi 24 juin.
La session intitulée « Migration et diaspora élue : quels défis et opportunités pour la diaspora élue ? » a mis en lumière la contribution stratégique des communautés migrantes au développement des territoires, tout en interrogeant leur place dans les mécanismes de gouvernance locale.
Dans un contexte marqué par l’intensification des mobilités humaines, les transformations géopolitiques et les enjeux de cohésion sociale, les intervenants ont plaidé pour une approche renouvelée de la migration, fondée davantage sur les opportunités de développement que sur les préoccupations sécuritaires.
Le Maroc, un pays de mobilité et de diaspora
Intervenant lors du panel, le président du Conseil de la région de Casablanca-Settat, Abdellatif Maâzouz a rappelé l’importance démographique de la diaspora marocaine, estimée à près de six millions de personnes à travers le monde.
Selon lui, le Royaume représente environ 5 % de la population africaine mais près de 14 % de la diaspora du continent, illustrant une longue tradition de mobilité. Cette réalité fait du Maroc un acteur singulier dans la gestion des questions migratoires.
Abdellatif Maâzouz a également souligné les avancées constitutionnelles du pays en matière de participation politique des Marocains résidant à l’étranger. Les articles 17 et 18 de la Constitution garantissent notamment leur droit à participer à la vie publique et à accéder aux fonctions électives. Il a pris pour exemple le conseil régional qu’il préside constitué de 09 vice-presidents dont deux sont issus de la diaspora.
Au niveau territorial, plusieurs élus issus de cette diaspora siègent déjà dans les conseils régionaux et communaux, participant directement à la prise de décision locale.
La diaspora, moteur du développement local
Au-delà des transferts financiers, les participants ont insisté sur les nombreuses contributions des diasporas au développement des territoires d’origine.
S’agissant de la diaspora marocaine, ces derniers ont notamment participé à la création d’équipements sociaux, au soutien d’associations locales, à la mise en place de coopératives et à l’introduction de nouvelles compétences technologiques dans plusieurs régions du Royaume.
Cette contribution constitue, selon les intervenants, une véritable richesse pour les collectivités territoriales, qui bénéficient à la fois d’un apport économique et d’un transfert de savoir-faire acquis à l’étranger.
Mieux connaître les flux migratoires pour mieux agir
Parmi les recommandations formulées par Maâzouz lors de cette rencontre, figure la création d’un observatoire national de la mobilité humaine et des migrations.
L’objectif serait de mieux comprendre les flux de départ, de retour et de mobilité interne afin d’anticiper les besoins des territoires en matière d’emploi, de logement, de santé, d’éducation ou encore d’infrastructures urbaines.
Les différents intervenants ont par la suite plaidé pour le développement de plateformes de compétences permettant de mobiliser plus efficacement les talents de la diaspora dans des secteurs stratégiques tels que la santé, l’ingénierie, l’enseignement supérieur ou la recherche.
La coopération internationale au service d’une migration bénéfique
La coopération allemande, représentée par la GIZ, a présenté plusieurs initiatives menées avec les collectivités territoriales marocaines pour valoriser le potentiel des diasporas.
L’agence accompagne notamment le projet Promire, destiné à renforcer les liens entre la diaspora marocaine installée en Allemagne et les territoires marocains. Estimée à environ 250 000 personnes, cette communauté contribue à travers l’investissement, l’entrepreneuriat et le transfert de compétences.
La GIZ a également mis en avant le partenariat entre la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et la région allemande de Basse-Saxe, illustrant le rôle croissant des coopérations décentralisées dans la gestion de la mobilité professionnelle et du développement territorial.
Pour les responsables allemands, la migration doit être pensée comme un processus « quadruplement gagnant » bénéficiant simultanément aux pays d’origine, aux pays d’accueil, aux territoires concernés et aux migrants eux-mêmes.
Vers une gouvernance locale de la mobilité
Les débats ont finalement convergé vers une même conviction : les collectivités territoriales sont appelées à jouer un rôle de plus en plus important dans la gouvernance des migrations.
Les participants ont plaidé pour une meilleure représentation des diasporas au sein des réseaux internationaux de collectivités locales et des organisations régionales afin de renforcer les échanges d’expériences, la circulation des compétences et le dialogue interculturel.
À travers cette réflexion, le Sommet mondial de CGLU a réaffirmé que la migration n’est pas seulement un défi à gérer, mais aussi un levier de développement, d’innovation et de coopération entre les territoires, dans la perspective de construire des modèles de gouvernance plus inclusifs et plus résilients à l’horizon post-2030.

