Longtemps cantonnée à la seule question animale, la gestion des populations de chiens et de chats errants est désormais abordée comme un véritable enjeu de gouvernance urbaine. Réunis à Tanger dans le cadre du Congrès mondial de l’organisation Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU), élus locaux, experts internationaux et représentants d’organisations spécialisées ont défendu une approche plus humaine, durable et pragmatique face à un défi partagé par de nombreuses villes à travers le monde.
La session, organisée par Metropolis, Battersea Dogs & Cats Home et l’International Companion Animal Management Coalition (ICAM), avait pour thème : « La ville partagée : prendre soin des chiens et chats errants en tant que partie intégrante de la vie urbaine ».
Loin des débats émotionnels qui entourent souvent le sujet, les intervenants ont insisté sur une réalité simple : bien gérer les animaux errants revient aussi à mieux protéger les citoyens.
« Prendre soin des chiens et des chats errants, c’est indirectement prendre soin des habitants de la ville », ont rappelé plusieurs experts de l’ICAM, soulignant les liens étroits entre santé publique, sécurité sanitaire, cohésion sociale et bien-être animal.
Selon les spécialistes présents, aucune solution durable ne peut être obtenue sans une coopération étroite entre les collectivités territoriales, les associations, les vétérinaires et les organisations de protection animale. L’objectif n’est pas seulement de réduire le nombre d’animaux dans les rues, mais surtout de mettre en place des programmes efficaces, scientifiquement validés et financièrement soutenables sur le long terme.
Les intervenants ont également insisté sur un aspect souvent négligé : le renforcement des compétences au sein des collectivités locales. Former les cadres municipaux, les agents de terrain et les responsables sanitaires constitue un préalable indispensable à toute politique publique efficace dans ce domaine.
À Ramallah, les chats et les chiens aussi comptent
Parmi les expériences présentées, celle de la municipalité de Ramallah, en Palestine, a particulièrement retenu l’attention.
Malgré un contexte extrêmement difficile marqué par l’occupation israélienne, des contraintes budgétaires importantes et des priorités multiples, la ville a fait le choix d’investir dans une gestion moderne et humaine des animaux errants.
Présente à Tanger, Malvena M. Aljamal, directrice du département Santé et Environnement de la municipalité de Ramallah, a détaillé la stratégie mise en place par sa ville.
Au cœur du dispositif figure la méthode internationale CNVR (Catch-Neuter-Vaccinate-Return), qui consiste à capturer les animaux errants, les stériliser, les vacciner puis les relâcher dans leur environnement d’origine sous suivi sanitaire.
La municipalité a également créé un centre dédié à la prise en charge des animaux errants afin d’assurer le suivi vétérinaire, la vaccination et les opérations de stérilisation.
Les résultats sont significatifs. Selon les responsables palestiniens, les plaintes des citoyens liées aux chiens errants ont diminué de plus de 40 % depuis la mise en œuvre du programme.
Pour Ramallah, la question ne relève pas uniquement de la protection animale. Elle touche aussi à la prévention des maladies, à la sécurité dans l’espace public et à l’amélioration du cadre de vie urbain.
Le Maroc veut accélérer sa stratégie
Parmi les participants à cette rencontre figurait également Mohamed Roudani, chef du département de l’Hygiène et des Espaces verts à la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT) du ministère de l’Intérieur. Prenant la parole lors des échanges avec la salle, il a rappelé l’engagement du Maroc en faveur d’une gestion plus moderne et plus humaine des populations animales errantes. Il a notamment évoqué les efforts engagés par les pouvoirs publics pour développer des centres de prise en charge adaptés, citant les projets en cours à Casablanca, Kénitra et Tanger. Selon lui, l’objectif est de doter les collectivités d’infrastructures permettant d’améliorer le suivi sanitaire, la stérilisation et la gestion des animaux errants, dans une logique conciliant santé publique, bien-être animal et attentes des citoyens.
Le responsable a notamment mis en avant les efforts engagés pour développer de nouvelles infrastructures dédiées à la prise en charge des animaux errants. Plusieurs centres devraient ainsi entrer en service prochainement, notamment à Casablanca, Kénitra et Tanger.
Cette stratégie s’inscrit dans une démarche plus globale visant à concilier santé publique, protection animale et attentes des citoyens.
Une nouvelle loi qui privilégie les sanctions financières
Le débat intervient alors que le Maroc poursuit l’examen du projet de loi n°19.25 relatif à la protection des animaux et à la prévention des dangers qu’ils peuvent représenter.
Selon les amendements adoptés récemment en commission parlementaire, les députés ont supprimé plusieurs peines d’emprisonnement initialement prévues au profit d’un renforcement des sanctions financières.
Parmi les principales modifications figure la suppression de la peine de prison pour les personnes exposant volontairement un animal à un danger. L’infraction reste punie d’une amende pouvant atteindre 20.000 dirhams.
Les parlementaires ont également allégé certaines dispositions concernant les propriétaires d’animaux, notamment en matière de déclaration et de carnet sanitaire, tout en maintenant un dispositif de contrôle.
Autre évolution notable : les sanctions visant les citoyens qui nourrissent ou prennent soin d’animaux errants dans l’espace public ont été revues à la baisse. Les amendes prévues ont été considérablement réduites lors de l’examen du texte.
Pour les participants à la rencontre de Tanger, la réussite de cette future législation dépendra toutefois moins du niveau des sanctions que de la capacité des villes à mettre en œuvre des politiques cohérentes, financées et adaptées aux réalités du terrain.
Un constat partagé par l’ensemble des intervenants : la gestion des chiens et chats errants ne peut plus être considérée comme une problématique marginale. Elle constitue désormais un enjeu à part entière de santé publique, de gouvernance locale et de développement urbain durable.

