Le Maroc plaide pour une refonte des modèles de sécurité énergétique mondiaux face aux bouleversements géopolitiques et aux vulnérabilités croissantes des chaînes d’approvisionnement. Intervenant lors de la 17ᵉ réunion annuelle des Nouveaux Champions du Forum économique mondial (WEF), organisée à Dalian en Chine, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a appelé à repenser l’architecture énergétique internationale afin de mieux répondre aux défis actuels.
Prenant la parole lors d’un panel consacré au thème « Energy Corridors, Reshuffled », aux côtés de responsables d’institutions internationales, de dirigeants du secteur énergétique et de représentants gouvernementaux, la ministre a estimé que les tensions géopolitiques observées ces dernières années ont profondément modifié les équilibres énergétiques mondiaux. Selon elle, les perturbations affectant les routes maritimes et les chaînes logistiques mettent en évidence les limites des modèles traditionnels de circulation de l’énergie.
Leila Benali a souligné que les événements récents ont révélé la fragilité d’une dépendance excessive aux corridors énergétiques horizontaux, historiquement concentrés sur quelques axes stratégiques. Face à cette réalité, elle a défendu l’émergence de nouveaux corridors verticaux fondés sur les interconnexions régionales et continentales, capables de renforcer la résilience des systèmes énergétiques tout en favorisant l’intégration économique entre les pays.
Pour la responsable marocaine, l’enjeu dépasse la simple sécurisation des approvisionnements. Il s’agit également de construire des mécanismes durables permettant d’assurer la stabilité des flux énergétiques à long terme. Elle a ainsi plaidé pour la mise en place d’incitations destinées à soutenir le développement de ces nouvelles infrastructures et à garantir leur pérennité.
La ministre a également mis en avant les efforts engagés par le Maroc pour renforcer son positionnement dans le domaine des interconnexions énergétiques. Elle a rappelé que le Royaume demeure aujourd’hui le seul pays africain relié à l’Europe à la fois par des infrastructures électriques et gazières. Une situation qui confère au Maroc un rôle particulier dans les échanges énergétiques entre les deux continents.
Dans cette perspective, Rabat poursuit plusieurs projets visant à étendre et à diversifier ses réseaux d’interconnexion avec différents partenaires. Ces investissements répondent à un double objectif : améliorer la sécurité énergétique nationale et régionale tout en réduisant les risques liés aux perturbations des marchés internationaux.
Leila Benali a insisté sur la nécessité d’accélérer les investissements dans les infrastructures énergétiques et dans les réseaux électriques transfrontaliers, considérés comme des leviers essentiels pour accompagner la transition énergétique mondiale. Elle a rappelé que la montée en puissance des énergies renouvelables nécessite des capacités accrues de transport, de stockage et d’échange de l’électricité entre les pays.
En conclusion, la ministre a appelé à inscrire les politiques énergétiques dans une vision de long terme fondée sur la stabilité réglementaire et la prévisibilité des investissements. Selon elle, ces conditions sont indispensables pour favoriser le développement de nouvelles sources d’énergie et des technologies de stockage qui accompagneront les transformations du secteur dans les prochaines décennies.
Au-delà des considérations techniques et économiques, Leila Benali a également invité la communauté internationale à changer de regard sur l’énergie. Plutôt que de l’envisager comme un facteur de rivalités et de tensions, elle a défendu une approche fondée sur la coopération, l’intégration régionale et le partage des infrastructures, considérant que l’énergie peut devenir un puissant vecteur de rapprochement entre les nations.

