À Rabat, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et la Commission nationale de coordination des mesures de lutte et de prévention contre la traite des êtres humains ont franchi un nouveau cap dans la lutte contre la traite des êtres humains en signant un mémorandum d’entente destiné à renforcer la protection des victimes et la coordination entre les institutions. Paraphé par Amina Bouayach et Abdellatif Ouahbi, ce dispositif vise à structurer une réponse territoriale plus réactive face à une criminalité en mutation.
Au cœur de cet accord figure la mise en place de mécanismes de coordination à l’échelle régionale. Des commissions élargies, associant autorités judiciaires, services sécuritaires, acteurs sociaux et associations, auront pour mission de détecter précocement les situations à risque, d’orienter les victimes vers les structures adaptées et d’assurer un suivi jusqu’à leur réinsertion ou leur retour volontaire. L’objectif est de réduire les délais d’intervention et d’assurer une prise en charge cohérente, adaptée à la complexité des parcours.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la traite des êtres humains évolue rapidement, sous l’effet des fragilités économiques et sociales, mais aussi des transformations numériques. Les réseaux criminels exploitent désormais des canaux diversifiés, ciblant en priorité les personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. Face à cette réalité, les réponses strictement répressives montrent leurs limites.
La présidente du CNDH défend une approche plus large, centrée sur les droits humains, articulant prévention, protection et poursuite. L’ambition est de passer d’une gestion des crises à une logique d’anticipation, fondée sur la détection précoce et l’accompagnement durable des victimes. Cette évolution suppose une mobilisation étroite de l’ensemble des intervenants, au-delà du seul champ judiciaire.
Le mémorandum consolide également les acquis juridiques du Maroc, en s’appuyant sur la loi 27-14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains et sur le Plan national 2023-2030. Il renforce le mécanisme national de référencement des victimes, conçu pour identifier, protéger et accompagner les personnes concernées à chaque étape de leur parcours. Ce cadre s’aligne par ailleurs sur les standards internationaux, notamment le Protocole de Palerme, référence mondiale en matière de lutte contre la criminalité organisée.
Pour le ministre de la Justice, cette convergence des efforts doit permettre de capitaliser sur les avancées réalisées tout en corrigeant les insuffisances persistantes, en particulier celles qui touchent l’accès des femmes et des enfants à la justice. La coordination territoriale apparaît, dans ce sens, comme un levier essentiel pour garantir l’efficacité des dispositifs existants.
Au-delà des aspects techniques et institutionnels, l’enjeu reste profondément humain. En structurant une réponse plus intégrée, les autorités entendent replacer la dignité des victimes au centre de l’action publique et mieux répondre à un phénomène qui continue de s’étendre et de se complexifier.


