Le marché du travail marocain entame l’année 2026 sur un constat contrasté. Selon les dernières données du Haut-Commissariat au Plan, le taux de chômage s’établit à 10,8% au premier trimestre, avec une pression particulièrement forte sur les jeunes et les femmes. Derrière cet indicateur, une réalité plus large apparaît : la sous-utilisation de la main-d’œuvre atteint 22,5%, révélant un déséquilibre structurel entre offre et demande d’emploi.
Une participation encore limitée, surtout chez les femmes
Sur une population en âge de travailler estimée à 27,8 millions de personnes, la main-d’œuvre regroupe 11,6 millions d’actifs. Le taux de participation se situe à 41,8% au niveau national.
Ce chiffre masque un écart profond entre hommes et femmes. Les hommes affichent un taux de participation de 66,4%, contre seulement 17,5% pour les femmes. Une fracture persistante qui continue de peser sur la dynamique économique globale.
Les jeunes de 15 à 24 ans restent en retrait, avec un taux de participation limité à 23,4%, loin derrière les tranches d’âge les plus actives, notamment les 25-44 ans.
L’emploi dominé par les services
Le nombre de personnes occupant un emploi rémunéré atteint 10,36 millions. Le taux d’emploi s’établit ainsi à 37,3%.
Le secteur des services confirme son rôle moteur, concentrant près de la moitié des emplois (49,1%). Il devance largement l’agriculture (24,5%), l’industrie (13,6%) et le BTP (12,7%).
En milieu urbain, les services dominent très largement, tandis que le monde rural reste fortement dépendant de l’agriculture, qui absorbe plus de la moitié des actifs.
Un chômage qui frappe d’abord les jeunes et les femmes
Le volume du chômage atteint 1,25 million de personnes. Le taux national de 10,8% cache là encore des disparités marquées.
Les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus exposés, avec un taux de chômage de 29,2%. Chez les femmes, il grimpe à 16,1%, contre 9,4% pour les hommes.
En milieu urbain, la situation est plus tendue, avec un taux de 13,5%, contre 6,1% en milieu rural.
Une pression globale bien au-delà du chômage
La nouveauté majeure de cette édition repose sur une lecture élargie du marché du travail. Le chômage ne constitue plus l’unique indicateur de tension.
En intégrant le sous-emploi (671.000 personnes) et la main-d’œuvre potentielle (884.000 personnes), le taux global de sous-utilisation atteint 22,5%.
Ce niveau monte à 45,3% chez les jeunes et 31,1% chez les femmes, traduisant une accumulation de difficultés : accès à l’emploi, instabilité des postes et manque d’opportunités adaptées.
Des écarts régionaux marqués
Certaines régions affichent une dynamique plus favorable. Dakhla-Oued Ed-Dahab enregistre le taux de participation le plus élevé (63,9%) et l’un des plus faibles taux de chômage (5,7%).
À l’inverse, Laâyoune-Sakia El Hamra présente un taux de chômage de 20,3%, suivi de l’Oriental (14,9%) et de Guelmim-Oued Noun (14,8%).
La région Casablanca-Settat, locomotive économique du pays, affiche un taux de chômage de 12,7%, au-dessus de la moyenne nationale.
Une nouvelle lecture du marché du travail
Ces résultats s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO 2026), alignée sur les standards internationaux de l’Organisation internationale du Travail.
Cette réforme introduit des changements majeurs : une définition plus stricte de l’emploi, une mesure resserrée du chômage et une approche multidimensionnelle de la sous-utilisation de la main-d’œuvre.
Ce nouveau cadre permet de mieux cerner les fragilités du marché du travail marocain, en dépassant les indicateurs traditionnels.
Une tension durable sur l’emploi
Au-delà des chiffres, une tendance se confirme : la difficulté d’absorber une population active en croissance, notamment les jeunes diplômés.
Le défi ne se limite plus à créer des emplois, mais à proposer des opportunités stables, inclusives et adaptées aux transformations économiques en cours.

