Choisir entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ne relèverait pas uniquement des préférences sportives. Une vaste étude internationale menée auprès de 10 661 personnes dans 26 pays conclut que cette rivalité emblématique est également liée aux orientations politiques, à certains traits de personnalité et aux habitudes de consommation des médias. Les chercheurs estiment que les préférences envers les deux stars du football reflètent, en partie, la manière dont chacun perçoit le leadership, l’autorité et les valeurs collectives.
Une rivalité sportive qui dépasse les terrains
Depuis plus de quinze ans, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo dominent les débats du football mondial. Mais derrière les comparaisons de statistiques et de trophées, les auteurs de cette recherche ont voulu comprendre si les préférences pour l’un ou l’autre étaient influencées par des facteurs psychologiques et sociaux.
Pour y parvenir, ils ont interrogé environ 400 personnes dans chacun des 26 pays étudiés, répartis sur six continents. Les participants devaient évaluer leur opinion sur les deux joueurs, tandis que d’autres variables étaient analysées : orientation politique, niveau d’autoritarisme, estime de soi, réflexion analytique, empathie ou encore consommation d’informations via les vidéos courtes sur les réseaux sociaux.
Les profils politiques influencent les préférences
Le résultat le plus marquant concerne l’idéologie politique.
L’étude montre que, dans la majorité des pays observés, les personnes se déclarant plus libérales expriment davantage de sympathie pour Lionel Messi, tandis que celles se positionnant plus conservatrices affichent une préférence plus prononcée pour Cristiano Ronaldo. Cet effet apparaît comme le facteur individuel le plus robuste parmi tous ceux testés, même après avoir pris en compte l’âge, le sexe, le niveau d’études, la classe sociale ou l’intérêt pour la politique.
Les chercheurs soulignent que cette tendance ne signifie pas que les deux joueurs véhiculent un message politique. Selon eux, leurs images publiques sont simplement associées à des valeurs différentes : Messi est davantage perçu comme un joueur collectif, discret et humble, tandis que Ronaldo renvoie plus souvent une image de performance individuelle, de domination et d’affirmation de soi.
Les réseaux sociaux favorisent davantage Ronaldo
L’étude met également en évidence un lien entre la consommation de vidéos courtes d’actualité sur les plateformes numériques et la préférence pour Cristiano Ronaldo.
Les personnes qui consultent fréquemment ce type de contenus ont davantage tendance à privilégier le Portugais. Les chercheurs avancent que son exposition particulièrement importante sur les réseaux sociaux et son style de communication très visible pourraient renforcer cette préférence au fil du temps. En revanche, la consommation d’informations via les médias traditionnels n’a montré aucun effet significatif sur les préférences des participants.
Des différences marquées selon les pays
Les résultats révèlent également une forte diversité géographique.
Huit pays affichent une préférence significative pour Lionel Messi, notamment l’Argentine, la Corée du Sud, l’Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada. À l’inverse, onze pays penchent en faveur de Cristiano Ronaldo, dont le Portugal, la France, la Turquie, le Mexique, l’Égypte, la Malaisie et l’Indonésie. Sept autres pays, parmi lesquels le Brésil, l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore le Japon, ne montrent aucune préférence statistiquement significative entre les deux joueurs.
Les auteurs observent par ailleurs que l’Argentine manifeste un attachement beaucoup plus fort à Messi que le Portugal à Ronaldo, preuve que les préférences nationales ne s’expliquent pas uniquement par l’origine des joueurs.
L’âge joue aussi un rôle
Autre enseignement : le lien entre orientation politique et préférence footballistique est particulièrement marqué chez les jeunes adultes et les personnes d’âge moyen. En avançant en âge, cette relation tend progressivement à s’estomper.
Les chercheurs estiment que les nouvelles générations, davantage exposées à la polarisation politique et aux réseaux sociaux, associent plus facilement leurs préférences culturelles à leur identité politique. En revanche, cette évolution liée à l’âge ne concerne ni l’autoritarisme, ni l’estime de soi, ni les habitudes médiatiques.
Une étude qui ouvre de nouvelles pistes
Les auteurs rappellent toutefois que leur travail ne permet pas d’établir un lien de causalité. Il reste impossible de déterminer si les convictions politiques influencent les préférences sportives ou si d’autres facteurs, comme certains traits de personnalité ou l’exposition médiatique, expliquent simultanément les deux phénomènes.
Ils estiment néanmoins que cette recherche apporte un éclairage inédit sur la façon dont les identités politiques peuvent désormais s’étendre bien au-delà du débat public, jusqu’aux préférences culturelles et sportives les plus populaires.

