Le programme des Aides sociales directes entre dans une nouvelle phase. Après avoir assuré un soutien financier à des millions de ménages, l’Agence nationale du soutien social (ANSS) engage désormais un chantier centré sur l’accompagnement des bénéficiaires vers une insertion sociale, professionnelle et économique durable. L’ambition affichée est de faire du transfert monétaire un levier d’autonomisation, conformément aux orientations royales visant à renforcer la protection sociale et à promouvoir un développement territorial plus équilibré.
Cette nouvelle approche repose sur une conviction simple : l’aide financière, à elle seule, ne suffit pas à sortir durablement les familles de la vulnérabilité. Elle doit s’inscrire dans un parcours plus large permettant aux bénéficiaires d’accéder à l’emploi, à la formation, aux services de santé ou encore à de meilleures conditions de scolarisation pour leurs enfants. L’objectif est de créer les conditions d’une inclusion productive adaptée à la réalité de chaque ménage et aux opportunités offertes par son environnement local.
Pour y parvenir, l’ANSS met en place un dispositif d’accompagnement structuré autour de quatre étapes. La première consiste à établir un diagnostic socio-économique détaillé afin d’identifier les besoins, les capacités et les obstacles propres à chaque foyer. La deuxième étape porte sur l’analyse du territoire, à travers l’évaluation des ressources disponibles, des opportunités économiques et de l’offre sociale locale. Sur cette base, un parcours personnalisé est élaboré avec le bénéficiaire, avant d’être suivi dans le temps afin d’assurer sa continuité et d’évaluer ses résultats.
L’accompagnement ne sera pas assuré uniquement à distance. L’Agence compte s’appuyer sur un réseau de représentations territoriales chargées de rapprocher le service public des citoyens. Ces structures auront pour mission d’offrir un accompagnement de proximité, de renforcer la confiance avec les bénéficiaires et de mieux prendre en compte les spécificités locales dans la mise en œuvre du programme.
Leur rôle s’étendra également à la prévention de la précarité. En développant une connaissance plus fine des situations sociales sur le terrain, elles devront identifier les risques de fragilisation des ménages et les orienter vers les dispositifs les plus adaptés. L’enjeu est aussi de mesurer l’impact réel des interventions publiques et de contribuer à rompre le cycle de la pauvreté qui se transmet parfois d’une génération à l’autre.
Cette stratégie repose sur une mobilisation coordonnée de plusieurs institutions publiques. Les départements de l’Éducation nationale, de la Santé et de l’Emploi figurent parmi les partenaires appelés à intervenir aux côtés des autorités locales, de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) ainsi que de l’Entraide nationale. L’objectif est d’assurer la complémentarité des actions et d’éviter les ruptures dans les parcours des bénéficiaires.
La province d’El Jadida a été choisie pour accueillir la première expérimentation de ce modèle d’accompagnement renforcé. L’ANSS y déploie un programme pilote destiné à tester les mécanismes de suivi social et d’insertion économique qui viendront compléter les transferts monétaires. Les enseignements tirés de cette expérience serviront de base à une éventuelle généralisation à d’autres territoires du Royaume.
Le choix des futures implantations territoriales reposera sur plusieurs critères, notamment le niveau de couverture des Aides sociales directes, les conditions de vie des populations, les indicateurs liés à la santé et à l’éducation, ainsi que la situation de l’emploi et les caractéristiques propres à chaque territoire. Cette approche vise à adapter les réponses publiques aux réalités locales plutôt qu’à appliquer des solutions uniformes.
Parallèlement, l’Agence renforce ses outils d’analyse avec un Système d’information géographique (SIG) développé depuis 2025. Cet outil rassemble des données socio-économiques et géospatiales afin de fournir une lecture précise des vulnérabilités territoriales. Son utilisation doit permettre d’orienter les décisions publiques, d’identifier les besoins prioritaires et de vérifier la capacité des services publics locaux à répondre aux exigences liées au programme.
L’entrée en phase opérationnelle du SIG est prévue en 2026, avec un déploiement prioritaire à El Jadida. L’objectif est notamment d’ajuster les engagements demandés aux bénéficiaires en fonction des capacités réelles des territoires, qu’il s’agisse de l’accès aux établissements scolaires, aux structures de santé ou aux dispositifs d’insertion professionnelle.
À travers cette nouvelle étape, l’Agence nationale du soutien social cherche à transformer les Aides sociales directes en un instrument d’inclusion durable. Au-delà du soutien financier immédiat, la réforme vise à accompagner les ménages vers davantage d’autonomie, tout en renforçant l’articulation entre protection sociale et développement territorial. Le défi résidera désormais dans la capacité des différents acteurs à coordonner leurs interventions et à répondre concrètement aux besoins des familles sur le terrain.


