La crise couve au sein de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF). À peine l’euphorie de la CAN 2025 retombée, seize membres du comité exécutif contestent ouvertement la gestion des primes, visant directement leur président Abdoulaye Fall. Au cœur du conflit : des versements jugés opaques, inéquitables et réalisés en dehors des procédures internes, sur fond de tensions financières et institutionnelles qui fragilisent l’instance dirigeante du football sénégalais.
Selon plusieurs sources concordantes, des primes d’environ 13 millions de francs CFA par bénéficiaire ont été attribuées à certains dirigeants, sans validation formelle du comité exécutif. Les contestataires dénoncent une distribution sélective, pointant notamment la présence de bénéficiaires qui n’auraient pas participé directement à la compétition organisée au Maroc. À l’inverse, d’autres figures reconnues du football sénégalais auraient été écartées, alimentant un sentiment d’injustice et de rupture au sein de la fédération.
Le différend ne se limite pas à ces primes de performance. Il s’étend également à une enveloppe exceptionnelle de 50 millions de francs CFA accordée par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye pour récompenser les résultats de la sélection nationale. Les membres frondeurs réclament une répartition équitable de cette gratification, accusant la présidence de privilégier un cercle restreint. Une situation qui, selon eux, contrevient aux principes de transparence et de bonne gouvernance censés encadrer le fonctionnement de la FSF.
Face à la montée de la contestation, une tentative de dialogue a été engagée. Elle s’est soldée par un échec, renforçant la détermination des contestataires à porter l’affaire sur la place publique. Cette rupture interne intervient dans un contexte déjà délicat, alors que le dossier de la CAN 2025 reste pendant devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Une procédure qui pourrait, à terme, remettre en question l’attribution ou les retombées financières liées à la compétition, et donc rebattre les cartes de ces primes aujourd’hui contestées.
Officiellement, la FSF s’appuie sur un cadre réglementaire précis, définissant les modalités de rémunération et d’indemnisation des différentes parties prenantes. Les membres du comité exécutif, en principe, ne figurent pas parmi les bénéficiaires directs des primes de performance, mais perçoivent des indemnités journalières et une prise en charge logistique. Un dispositif jugé insuffisant par les frondeurs, qui réclament une reconnaissance financière équivalente à celle accordée à d’autres acteurs.
Au-delà de la question des montants, c’est la gouvernance même de la fédération qui se retrouve mise en cause. La gestion des ressources, la transparence des décisions et le respect des règles internes sont désormais au centre du débat. L’image d’unité affichée ces derniers mois laisse place à une fracture profonde, susceptible de redessiner durablement les équilibres au sein du football sénégalais.
Alors que l’opinion publique commence à s’emparer du dossier, la FSF se retrouve à un moment charnière. Entre pressions internes, enjeux financiers et incertitudes juridiques, l’issue de cette crise pourrait avoir des répercussions bien au-delà de la seule question des primes, en posant la question plus large de la crédibilité et de la stabilité de l’institution


