Le Portugal envisage de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie énergétique en étudiant la création d’une interconnexion électrique avec le Maroc. L’objectif affiché est de renforcer la résilience du réseau portugais face aux risques de perturbations majeures, tout en réduisant la dépendance du pays vis-à-vis de son unique voisin électrique actuel : l’Espagne.
L’annonce a été faite par la ministre portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, en marge de la réunion ministérielle consacrée au programme d’interconnexion énergétique du sud-ouest de l’Europe, organisée à Paris. Selon la responsable portugaise, Lisbonne doit prochainement accueillir des représentants marocains afin d’examiner les contours d’une éventuelle liaison électrique entre les deux pays et d’en évaluer la faisabilité technique et économique.
Le projet intervient dans un contexte marqué par la panne électrique de grande ampleur qui avait touché la péninsule Ibérique en avril 2025. Cet épisode a mis en évidence la vulnérabilité du système portugais, entièrement dépendant des connexions avec l’Espagne pour ses échanges transfrontaliers d’électricité.
Lorsque le réseau espagnol a été affecté, le Portugal n’a pas pu bénéficier immédiatement de l’aide énergétique provenant de ses voisins européens, faute d’alternatives de connexion. Lisbonne a ainsi dû attendre le rétablissement progressif du réseau espagnol avant de pouvoir profiter de l’interconnexion existante.
« Une interconnexion n’empêche pas une panne générale, mais elle permet de rétablir le système beaucoup plus rapidement », a rappelé Maria da Graça Carvalho, soulignant que la diversification des points d’entrée d’électricité constitue désormais une priorité stratégique pour le pays.
La ministre a également estimé qu’une capacité d’interconnexion plus importante entre l’Espagne et la France aurait permis un retour à la normale plus rapide dans l’ensemble de la région ibérique. Cette situation a relancé le débat européen sur le faible niveau de connexion énergétique entre la péninsule Ibérique et le reste du continent, actuellement limité à environ 3,1 %.
Dans ce contexte, le Portugal et l’Espagne plaident auprès des institutions européennes pour une augmentation des investissements consacrés aux infrastructures énergétiques dans le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne. Les deux gouvernements avaient d’ailleurs adressé, en mai dernier, une lettre à la Commission européenne appelant à accélérer les projets reliant Lisbonne, Madrid et Paris et à définir une feuille de route commune.
L’option marocaine apparaît aujourd’hui comme un complément potentiel à cette stratégie européenne. Le Royaume dispose déjà de deux interconnexions électriques avec l’Espagne et travaille sur une troisième liaison destinée à accompagner la croissance des échanges énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée.
Pour Lisbonne, une connexion avec le Maroc offrirait une voie supplémentaire de rétablissement du réseau en cas de crise majeure, tout en diversifiant ses sources d’approvisionnement et ses partenariats énergétiques.
Le choix du Maroc n’est pas uniquement dicté par la proximité géographique. Depuis plusieurs années, le Royaume accélère ses investissements dans les énergies renouvelables, notamment dans le solaire et l’éolien, avec l’ambition affirmée de devenir un hub énergétique régional capable de produire, de stocker et, à terme, d’exporter de l’électricité verte vers l’Europe.
Une interconnexion Maroc-Portugal pourrait ainsi ouvrir un nouveau corridor énergétique atlantique entre l’Afrique du Nord et la péninsule Ibérique, renforçant la coopération entre Rabat et Lisbonne tout en accompagnant la transition énergétique européenne.
Le dossier n’est toutefois pas nouveau. Dès 2016, les deux pays avaient déjà envisagé la possibilité d’un raccordement électrique par câble sous-marin et avaient lancé des études préliminaires portant sur sa faisabilité technique et financière. La crise énergétique européenne et les préoccupations croissantes liées à la sécurité des infrastructures ont depuis redonné de l’actualité à cette idée.
Plusieurs inconnues demeurent néanmoins. Les autorités portugaises n’ont pas précisé si le projet prendrait la forme d’un câble sous-marin direct entre les deux pays ou s’il s’appuierait partiellement sur les infrastructures existantes transitant par l’Espagne. Les coûts d’investissement, la rentabilité économique, les mécanismes de gouvernance et les règles du marché de l’électricité devront également être clarifiés avant toute décision définitive.
Pour Rabat comme pour Lisbonne, l’enjeu dépasse désormais la simple construction d’une nouvelle ligne électrique. Il s’agit de bâtir une architecture énergétique plus robuste, capable de répondre aux impératifs de sécurité d’approvisionnement, d’intégration des énergies renouvelables et de coopération entre l’Europe et l’Afrique.


