Plan d’aménagement de Tanger Medina : protection du patrimoine et maîtrise urbaine
Le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la Ville a rendu public la version mise à l’enquête du nouveau Plan d’aménagement de Tanger Medina. Ce document stratégique fixe les règles d’utilisation du sol, les hauteurs, les servitudes et les orientations de développement pour l’un des périmètres urbains les plus sensibles et structurants de la ville.
Élaboré conformément à la loi 12-90 relative à l’urbanisme, le Plan d’aménagement de Tanger Medina encadre désormais toute opération de lotissement, de groupe d’habitations ou de construction nouvelle au sein du périmètre concerné. Il s’applique également aux extensions et modifications des bâtiments existants après son homologation, tout en maintenant la validité des projets déjà autorisés dans les conditions prévues par la loi.
Le document repose sur un double socle : un règlement écrit et un document graphique indissociables. Ensemble, ils organisent la division du territoire en zones clairement identifiées selon leur vocation dominante. On distingue notamment les zones paysagères – réserves naturelles (ZRN), zones de reboisement (RB), bandes paysagères (BP) et parcs paysagers (PP) – où la préservation du couvert végétal constitue une exigence centrale. À ces espaces s’ajoutent les zones urbaines mixtes (A, B, C, D), caractérisées par différents niveaux de densité, ainsi que les zones à vocation économique comme les zones touristiques (ZT), hôtelières (H), de commerce et services (ZCS) ou encore portuaires (ZP).
Le plan affirme des objectifs explicites : renforcer le rôle métropolitain de Tanger, maîtriser la densité urbaine, résorber le déficit en équipements socio-collectifs, développer les espaces verts, améliorer la mobilité et encourager le partenariat public-privé. Il insiste également sur la qualité du cadre de vie, la mixité sociale et fonctionnelle, ainsi que sur l’innovation dans la production de nouveaux tissus urbains intégrant une forte composante environnementale.
La question des servitudes occupe une place déterminante dans le règlement. Des périmètres de protection sont instaurés autour des cimetières, des lignes électriques, des conduites d’eau potable, des sites archéologiques et du domaine public maritime. Le secteur historique (SH) bénéficie d’un encadrement spécifique : toute démolition ou intervention sur un bâtiment d’intérêt patrimonial doit être soumise à une commission ad hoc présidée par le wali de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Par ailleurs, des restrictions de hauteur sont imposées dans les zones concernées par les servitudes aéronautiques liées à l’aéroport.
Le plan introduit également un mécanisme innovant de « règles alternatives » en complément des règles fixes classiques (COS, CUS, hauteurs, implantations). Ces dispositions qualitatives permettent, sous conditions, une majoration plafonnée de la surface de plancher hors œuvre nette (SHON), pouvant atteindre jusqu’à 25 %, lorsque le projet intègre des critères tels que la perméabilité des sols, la mixité sociale, la performance énergétique ou la contribution à la réalisation d’équipements publics et de parkings.
La perméabilité des sols devient ainsi un levier structurant. Le coefficient de perméabilité (CPS) vise à limiter l’imperméabilisation excessive et à réduire les risques d’inondation, tout en favorisant la biodiversité et la qualité paysagère. Les espaces plantés sont rendus obligatoires dans les projets de lotissements ou de groupes d’habitations, à raison d’un arbre par ménage ou par tranche de 50 m² de plancher.
Enfin, le règlement prévoit des mécanismes de modification particulière, strictement encadrés, afin d’adapter certaines dispositions aux spécificités locales ou à des projets intégrés jugés d’intérêt général, sans porter atteinte aux objectifs structurants du plan.
À travers ce Plan d’aménagement de Tanger Medina, les autorités affichent une volonté de concilier croissance urbaine, attractivité économique et exigence environnementale. Le document trace les contours d’un développement plus maîtrisé, où la densité, la protection des espaces naturels et la qualité architecturale sont appelées à coexister dans un cadre réglementaire renforcé.


